Ainsi squattent-ils

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Au Sud de Paris, dans le département du Val-de-Marne, un bâtiment vacant de 10 000 m2 est devenu l’un des plus grands squats d’Île-de-France. Ouvert mi-juillet 2020, en pleine pandémie dans des anciens locaux d’une firme de cosmétiques, ce lieu inoccupé depuis près de 7 ans a abrité près de 70 personnes. Ils avaient entre 19 et 70 ans, issus de milieux socioculturels différents, des musiciens de tous styles, beaucoup issus de la fête libre, réfugiés, militants, étudiants ou encore simples travailleurs, tous sont unis par l’impossibilité de se loger dans la capitale.

Baptisé « L’Or est Al » par ses résidents, il s’est développé dans ce bâtiment une micro société, entre création artistique, fête et repas solidaires. Cependant, ses habitants précaires ont dû quitter le lieu mi-avril 2021. Le bâtiment va être rasé pour devenir un éco-quartier.

Ce reportage documente le quotidien de ces personnes avec lesquelles j’ai vécu pendant la durée de ce lieu. De ces fragments de vie, une mosaïque de personnalités électriques émerge. Entre portraits et vie collective. Ces photos cherchent à interroger l’habiter, l’habitat et les liens qui s’y tissent.

Le squat est composé de deux bâtiments en verre. Charlotte est sur le toit du deuxième bâtiment, elle est en train de continuer à combler les trous du toit. Suite à de grosses averses, le dernier étage (4) et le troisième étage ont été en partie inondée. Les résidents se sont relayés jour et nuit pour réparer le toit et nettoyer les espaces innondés.
Marius, 20 ans, est l’un des plus jeunes du collectif. Il a rejoint le squat au mois d’octobre.Marius est très investit dans le lieu. C’est un jeune DJ et habitué de la fête libre.
Oli, 46 ans, et sa fille Margot âgée de 14 ans. Oli est belge. Il vit en squat depuis qu’il travaille en France. Sa fille vit à Bruxelles et vient lui rendre visite pendant les vacances scolaires et certains week-end.
Une des pièces du lieu. Cette salle sert de « sleeping » c’est-à-dire que cet espace sert à accueillir des invités pour la nuit, des personnes qui n’ont pas d’endroit où dormir. Une installation précaire d’un radiateur sur une chaise pliante a été installée dans cette chambre.
Micky*, 26 ans, trie les vêtements qu’ils ont récupéré. Elle est en train de mettre en place un freeshop (magasin gratuit) pour les résidents de l’Or est Al et pour les habitants du quartier. Cependant, avec la crise sanitaire, cet espace n’a pas pu être ouvert au public extérieur du lieu.
Ombline, infirmière. Elle a installé son camion sur le parking afin de pouvoir continuer l’aménager.
Au premier plan, Stéphane, 68 ans.
Le squat est composé de deux bâtiments reliés par un parking souterrain. Ce soir-là, nous avons projetés des lumières sur le bâtiment A et des habitants ce sont mis aux fenêtres.
Fatima, 26 ans, est réfugiée guinéenne. Elle a obtenu ses papiers en 2020. Elle recherche un travail pour pouvoir, par la suite, s’installer en appartement. Cependant, la conjoncture actuelle complique ses recherches.
Clara, 32 ans et Micky (surnom) 26 ans. Michelle a rejoint le collectif et le lieu fin août 2020. Elle est chargée de production. Clara, son amie, a rejoint le collectif pendant le deuxième confinement. Elles ont toutes les deux quittées le lieu et le collectif au début du mois de janvier 2021.
Kroll, une scénographe et décoratrice a créé ce décor cyberpunk pour un enregistrement d’un concert de DJs du « sound system » (groupe) Kraken Krew. Tout le décor a été réalisé à partir de récupérations d’objets trouvés notamment dans la rue ou dans le lieu.
Les tatouages de Seul2* (surnom), 40 ans. Il fait partie des anciens de la « culture squat ». Il vit en squat depuis bientôt une vingtaine d’années.
Lætitia (à gauche) et Juliette (à droite). Deux amies. Juliette, 19 ans, est étudiante en école d’Art. Elle a rejoint le lieu et le collectif au moment du deuxième confinement. Elle s’est installée dans la chambre de Lætitia.
Oli, dans sa chambre, est agent d’accueil en C.A.A.R.U.D (Centre d’Accueil, d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues).
Alex, 28 ans, est musicien. Il fait partie du groupe Natural Respect qui croise les musiques rap, reggae et rock et il est membre de l’association Anartiste. Alex a créé une salle de jam dans le lieu. Plusieurs jours dans la semaine, la salle est ouvert à l’ensemble des résidents pour jouer et improviser ensemble.
Lors d’une soirée entre résidents dans le sous-sol du bâtiment. Tout est fait à partir de récup’ : les sièges de cinéma ont été récupérés dans un cinéma à Paris qui se débarrassaient de leurs assises.
Thelma, 21 ans. Elle vit dans son camion, sur le parking de l’Or est Al, avec son petit ami Oscar. Elle est en formation pour devenir éducatrice spécialisée. A la fin de sa formation, ils souhaitent s’installer avec leur camion dans le sud de la France.
Certains des habitants dont Gwen sont cracheurs de feu. Eux aussi souffrent des restrictions mises en place pour lutter contre le coronavirus. Des habitant.e.s sont venus assister à leur entraînement.
Mia pose dans sa chambre, à l’intérieur d’une valise. Cette valise fait écho au mode de vie de ces personnes : ils doivent sans cesse bouger et trouver de nouveaux lieux à investir pour vivre et créer.
Gwen, 50 ans, est l’un des derniers arrivants dans le collectif et dans ce lieu. C’est un cracheur de feu. Dans l’atelier couture du squat, il créé son nouveau personnage : un druide.
Margot, 14 ans, est venue passer Noël avec nous et son père Oli. Dans la cuisine où le repas va se dérouler, elle est en train de dessiner.
Un accord avait été trouvé avec les nouveaux propriétaires du lieu sur la fin de cette occupation sans droit ni titre. La date approchant, les résidents ont commencé à faire leurs cartons. Certains ont trouvé un nouveau lieu. D’autres sont encore en train chercher une solution pour ne pas être à la rue.
Quelques jours avant le départ. Meuh* (surnom), 31 ans, pose dans une ancienne chambre. Le lieu étant destiné à être raser, au moment de leur départ, certains habitants ont récupéré des câbles et des cloisons qui serviront pour leur future habitation.
A gauche, Ange*, 31 ans, et à droite, Ginevra, 31 ans aussi. Ange* travaille dans la restauration, elle est aussi DJ. Ginevra est sicilienne, elle artiste peintre.
L’ancien espace où se tenaient les réunions est entièrement dénudé.
Moggy*, 24 ans, est DJ et habitante du lieu. Ce jour-là, Moggy s’amuse avec les chiens des habitant.e.s sur le parking du squat. Ce vaste parking permets à certain.e.s habitant.e.s de s’installer avec leurs camions, de les aménager et aussi de recevoir d’autres « travellers » (saisonniers, personnes en situation de précarité, nomades…)